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Seule. Que vais-je devenir sans toi ?

Des bribes de nous s'éparpillent, les larmes brûlent mes joues pâles transies de douleur et le chagrin lancine mon c½ur de nouveau. Mes yeux sont épuisés de t'avoir tant rêvé. Tu as laissé un vide, un immense vide derrière moi. Un manque, irréversible. Alors le soir, je me couche l'esprit remplie de toi, de nous. J'enfouis mon visage dans tes vêtements afin de te ressentir encore un peu, mais l'odeur reste éphémère. Je vais jusqu'à retourner toutes les poches pour espérer la retrouver mais je ne respire plus que l'absence. Et mes yeux rougissent et piquent de t'avoir trop aimé. Mes doigts tremblent de ne plus pouvoir te toucher. Et plus les jours passent, plus mon espoir se dissipe. Je suis assise à notre endroit, tu sais celui où on a tant ri, celui où les promesses naissaient et où l'avenir semblait réel. Un avenir commun. Oui, tu sais je suis assise sur notre banc, près de l'arbre et je nous revois. Le vent siffle dans mes oreilles et chassent les feuilles mortes comme on chasse un souvenir trop douloureux, d'un revers. Je ferme les yeux et te revois, t'imagine, te sens. Comment ne pas t'aimer dès les premiers instants ? Tes yeux si clairs et pleins de joie surgissent dans le noir, je te vois courir près de l'arbre sous le coucher du soleil. La main en l'air montrant le ciel, diffusant la légèreté, transmettant le bonheur et l'envie d'y croire un peu plus chaque jour. Et on se prend la main, tourbillonnant dans un monde sans lendemain. C'était beau, c'était bien. C'était avant.

Depuis, mes nuits sont de plus en plus douloureuses. La vie est un calvaire sans fin, vidée et brisée. La plaie est si profonde. Il est minuit presque passé, le bruit de la pluie contre les carreaux vient couvrir les notes de cette chanson triste qui me fait penser à toi. Je remonte les draps par-dessus ma tête, m'enfouis entièrement dans cette chaleur qui se diffuse, se propage, ferme les yeux et me serre contre l'oreiller comme je voudrais me serrer encore une fois contre toi. Je cherche ton odeur, la douceur de ta peau, la chaleur de ton corps et parfois j'en frissonne. Ton visage est un endroit qui a marqué ma vie. Je te voudrais de nouveau, je te voudrais partout, partout où tu n'es pas et où je te sens pourtant. Les souvenirs ne veuillent pas me laisser en paix. Ils s'acharnent, s'accrochent sont agrippés à cette envie de te retrouver. Sans tes bras je ne me reconnais plus. Tu étais la touche qui harmonisait le paysage, la bouffée de vie qu'on ne voudrait jamais délaisser. Toute ma vie s'est précipitée dans tes yeux et depuis je reste là, sans passé ni futur, avec pour unique présent cette envie de toi qui m'habite mais ne me dévore pas Rien ne m'a semblé aussi naturel que de t'accepter dans ma vie. Et toutes ces nuits blanches passées dans la douceur de tes draps à découvrir tout haut ce qu'on savait tout bas, à refaire le monde à notre façon, à s'approprier un nous, n'étaient que merveilles. Et cette exquise sensation qu'auprès de toi rien ne pouvait m'arriver, m'atteindre, que le monde ne tournait plus, que l'aurore et les nuits se succédaient mais formaient qu'un seul et même instant. Tu étais le fantasme dont mon corps n'avait même jamais osé rêver dans l'abandon de mes nuits les plus agitées. C'était ça mon bonheur. C'était toi.

Le soleil se lève et le moment d'ouvrir les yeux arrive. C'est alors le sursaut, la pression appuyant le couteau dans la plaie ouverte, et soudain la vie reprend sans toi, la vie où je te perds. Pourquoi es-tu parti ? Comment as-tu pu me laisser? Et mes pensées fusent, les questions s'entrechoquent. Est-ce une dépression ? Est-ce de la folie ? Tu me retenais en vie. Alors, je ne sais pourquoi ni comment je me lève, sur mes joues la trace de mes larmes ressemble à ton sourire effacé, le rouge et noir bordant mes yeux accentue mon teint pâle. Dans nos rêves respectifs peut-être que l'on a su s'aimer, rester liés. Comme promis. Oui, car un jour, peut-être qu'il existe quelque part dans le monde un endroit où l'on se retrouvera. Je te garde enfoui au milieu de mes rêves.

Maintenant, je me sens seule, si seule. Une grande solitude qui s'étend au-delà de ces rues mille fois longées, une tristesse infinie dont la forme toujours s'échappe, un désespoir sans fond que rien ne peut représenter. Je continue à marcher, vide de tout, vidée de moi-même et du monde par cet espace aux dimensions gigantesques qui me nargue et me défie, je continue mon errance à travers cette ville sans nom et sans visage qui toujours s'enfuit et vous refuse son aide.

Je n'en peux plus de devoir constamment devoir lutter contre ce que je ressens, de devoir cacher ce mal qui me ronge un peu plus jour après jour, de devoir faire face et accepter l'idée que tu m'aies abandonné ici. Alors, j'admire l'espoir que portent les autres vers l'avenir et l'amour et me sens pathétique. Tellement pathétique de souffrir autant, mais que puis-je faire ? L'acceptation est le seul remède qui se présente, seulement cette douleur est intense, beaucoup trop intense à l'heure actuelle. Je n'ai rien à penser que des images trop usées qui n'éveillent plus rien en moi, que des regards trop irréels qui crient devant mes yeux la réalité de ma solitude. J'ai tout perdu ou on m'a tout volé, quelle importance, cela ne changera rien, même la rancune et le désir d'une vengeance ont disparu dans l'ombre du désespoir. Il ne reste rien sur mon chemin, qu'un désarroi profond et teinté de malheur.

# Posté le jeudi 22 octobre 2009 17:05